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Le poids d'une montagne

Un homme grand et fort, large d’épaules, répondant au surnom de « Double-mètres », avançait lentement sur le quai d’une gare, le dos courbé par le poids d’une énorme valise. En même temps que sa lourde charge, l’homme semblait porter sur son dos tout le poids de sa vie, tant son visage était triste et las.

 

Après quelques minutes de marche vers le train qu’il devait prendre, il fut si essoufflé qu’il dut s’arrêter et poser son fardeau. A ce moment-là, un homme âgé, petit et mince, à la démarche étonnamment souple, s’approcha de lui et lui dit : « Laissez-moi vous aider ».

 

Double-mètres leva d’abord un sourcil étonné, puis prit un air offusqué et fronçant les sourcils, lui répondit méchamment : «  Vous ? Avec vos cinquante kilos tout mouillé et vos épaules d’adolescent, vous allez m’aider à porter cette valise ? »

 

Sans se démonter, le vieil homme répondit tranquillement : « Vous voulez parier ? »

 

Double-mètre regarda alors d’un autre œil  ce petit homme courtois et patient, qui venait de répondre, sans se froisser, à ce que lui-même aurait immédiatement considéré comme une insulte. Amusé, il ouvrit alors ses bras en direction de la valise et lui dit, goguenard, sûr qu’il ne réussirait même pas à la soulever : « Mais faites donc, je vous en prie ! »

Le petit homme s’avança, souleva la valise d’une seule main et s’en fut rapidement aussitôt, comme s’il portait un simple sac à main.

 

Eberlué, Double-mètres resta figé sur place pendant quelques secondes, puis, voyant que le petit homme s’était mis à courir, réalisa enfin quelque-chose : « Mais… il est en train de me voler ma valise ! » Alors il se mit à le poursuivre. Mais l’homme courait vite et lui-même fut rapidement essoufflé… A l’instant où il allait déclarer forfait, le petit homme s’arrêta net, se retourna, posa la valise et l’attendit, bras croisés. Quand Double-mètres arriva à sa hauteur, il le nargua gentiment, triomphant : « Alors ? » Devant l’air consterné (et congestionné) de Double-mètres, il sourit et ajouta, toujours aussi  courtois : « Pardonnez-moi pour cette petite blague, mais reconnaissez que vous avez un peu titillé mon orgueil… »

 

« Comment avez-vous fait ça ? » répondit simplement Double-mètres.

« Quoi ? Qu’ai-je fait de si extraordinaire ? »

« Mais ça, enfin… porter cette valise hyper lourde, alors que…

« Alors que je suis petit, mince, que j’ai des muscles de raton-laveur et que j’ai deux fois votre âge ? »

 

Et avant que Double-mètre ait eu le temps de répondre quoi que ce soit, il ajouta, en pointant son front du doigt : « C’est là que ça se passe, mon ami, et là », ajouta-t-il en désignant la région de son cœur. « Toute la force est là », conclut-il en posant une main sur son front et une autre sur son cœur. Qu’emportez-vous avec vous, dans cette valise ? Peut-être un lourd passé ? Où allez-vous ? Pourquoi partez-vous ? Qui ou qu’est-ce que vous quittez en prenant ce train ? Voulez-vous vraiment partir ? Le poids que l’on soulève est lourd lorsque est lourd le poids de notre vie. Il est léger quand nous avons fait la paix avec nous-mêmes. Alors, notre force intérieure nous permet de soulever des montagnes. Je peux vous aider à porter cette valise, mais je ne peux pas vous aider à répondre aux questions que vous-mêmes ne vous êtes jamais posées et qui font qu’à vos yeux, aujourd’hui, un simple galet pèse un rocher. Croyez-moi, mon ami, posez-vous ces questions fondamentales : « Qui suis-je ? Qui veux-je être ? Où veux-je aller ? ». N’agissez plus comme un robot sans âme. Et vous soulèverez des montagnes.

 

Aussitôt après avoir prononcé ces mots, il se retourna, s’en fut et disparut.

 

 

 Martine 

 

 

 

 



01/07/2015
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