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L'homme de pierre etl'être bleu

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    Dans un pays imaginaire, sur une planète imaginaire, vivait un homme de pierre, parmi tous les hommes de pierre. Il vivait sans se poser de question, comme vivaient tous ses compatriotes, qui ne s'en posaient jamais non plus. Leur nature elle-même les en empêchait. Ils avaient un cerveau de pierre où toutes les pensées, déjà programmées depuis des siècles, étaient figées.

 

   L'homme de pierre n'éprouvait nul sentiment, comme aucun de ses compatriotes n'en éprouvait non plus, puisqu'ils avaient un cœur de pierre qui les en empêchait. Le grand esprit de pierre, à qui ils obéissaient aveuglément depuis des générations et des générations, les avait prédestinés ainsi.

 

  Dernier vestige d'un temps où les corps des hommes de pierre contenaient encore suffisamment d'eau, l'homme de pierre se déplaçait lentement, lourdement, comme le faisaient ses compagnons les hommes de pierre. Pour des raisons encore inconnues, les hommes de pierre qui n'éprouvaient plus nulle faim, nulle soif, qui ne voyaient, n'entendaient, ne sentaient, ne palpaient, ne goûtaient plus rien, continuaient cependant à se mouvoir, pour aller on ne sait où, en quête de l'on ne savait quoi. Ils marchaient, marchaient, lentement, lourdement, obstinément, inutilement, d'un pas saccadé de robot.

 

  Très exceptionnellement, ils se posaient, inspirés tout à coup, en un millième de seconde, par une pensée obscure héritée d'un autre temps.

 

  Un jour, alors que l'homme de pierre était posé, depuis quelques secondes, entre deux massifs de fleurs magnifiques, sous un ciel d'azur et le chaud soleil de l'été, se produisit un miracle qui changea définitivement le cours de sa vie.

 

  Un être apparut, un être d'une grande beauté, au corps tellement léger qu'il semblait voler. Il était d'une belle couleur bleu turquoise. Chaque mouvement de son corps provoquait un très léger changement de teinte, comme ces tissus chatoyants ou ces pierres de cristal sous un rayon de lumière. Son regard était d'une grande pureté, son visage tout entier, et non pas uniquement sa bouche, souriait. Il souriait à la vie qui l'entourait. Dès qu'il frôlait un arbre, une plante ou une fleur, ceux-ci étaient comme électrisés et se tendaient vers lui. Il passait une main caressante sur chacun d'eux, alors l'ensemble de la végétation semblait se soulever au-dessus du sol, ondulant sensuellement. Les couleurs se mélangeaient harmonieusement. L'ensemble dégageait un parfum envoûtant qui plongeait chaque être vivant dans un bain de sérénité. Toutes les notes de couleur et de parfum s'unissaient pour former une musique angélique. La nature tout entière communiait.

 

  L'être bleu semblait s'intéresser à tout ce qui l'entourait, le végétal, l'animal, le minéral. Il caressait les fleurs, les lapins et les troncs d'arbre, sifflait avec les oiseaux, humait à plein poumon l'air ambiant, il dessinait de ses doigts le contour des pierres. Et voilà qu'il arriva auprès de l'homme de pierre. Il tendit la main vers lui et la posa sur la matière froide. Aussitôt, celle-ci se mit à chauffer. Très vite, des artères se formèrent à l'intérieur de la matière, tandis que le corps de pierre de l'homme de pierre devenait translucide. Puis, d'informe qu'elle était, la pierre prit un aspect identique à celui de l'être bleu. Il y eut une tête, il y eut un corps, il y eut des bras et des jambes. Puis, il y eut des yeux et l'homme de pierre vit. Il vit toute la beauté qui l'entourait depuis toujours et une larme se mit à couler le long de sa joue tiède. Il y eut des oreilles et il entendit le bruit du vent dans les branches des arbres, le sifflement joyeux des oiseaux, le clapotis de l'eau dans la rivière qui coulait à ses pieds. Il en fut divinement étourdi. Il y eut un nez et il respira l'air et les parfums de la nature, il s'enivra de ces senteurs, grâce à la toute la puissance de ses nouveaux organes : les poumons. Il y eut une bouche et il connut le goût sucré, légèrement acide de ce fruit qui pendait au bout d'une branche et l'attirait irrésistiblement : une pomme. Puis il goûta le plaisir d'étancher sa soif en plongeant la main dans l'eau limpide de la rivière. Il y eut des doigts et l'homme de pierre connut le toucher, cette sensation unique au monde de pouvoir, peau contre peau, peau contre feuille, peau contre plumage ou fourrure, peau contre matière, connaître le grand bonheur de communiquer.

 

  Ainsi, l'homme de pierre vint ou plutôt revint au monde, un jour de juillet, par la main amicale de l'être bleu. Il ne pouvait même pas se demander ce qu'il faisait là, en cet endroit paradisiaque, puisqu'il n'avait auparavant pas la moindre conscience, donc plus tard, pas le moindre souvenir de sa vie passée. Il était comme un nouveau-né qui s'apprête à découvrir le monde.

L'être bleu lui sourit et lui dit :

-          Je t'ai délivré, mon ami, va maintenant. Va délivrer tes compagnons, va ouvrir leurs yeux et leurs oreilles, va les éveiller à la vie d'amour, et dis-leur bien de toujours veiller, maintenant, à sauvegarder l'amour, s'ils ne veulent pas un jour retourner à leur existence d'homme de pierre.

 

L'être bleu s'éloigna, sous la voûte irisée des branches d'arbre qui se penchaient vers lui. Il rentra dans son pays, le pays des êtres bleus, tandis que l'homme de pierre ordonnait à son corps soudain devenu plus léger, d'aller vers ses frères pour les réveiller de leur néant.

 

 Martine 

 

 

 

 

 

 



12/08/2015
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