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Bourdon joyeux et Bourdon ronchon

image Pixabay

 

 

       Deux amis bourdons se rencontrèrent un matin dans une allée fleurie. L'un la montait en direction d'un joli jardin et l'autre la descendait vers les champs.

Le premier, dénommé Bourdon joyeux, dit au deuxième, Bourdon ronchon :

                – Hé ! Bonjour mon ami ! Où t'en vas-tu de si bon matin ? Aurais-tu déjà fini ta tournée ?

                – Bonjour vieux ! Oh que non ! Je ne fais que la commencer. Comme tu vois, je m'en vais vers les champs. Il n'y a rien à butiner ici. Il n'y a que des roses et elles ont un sale goût amer.

                – Que des roses, dis-tu ? Mais c'est super, ça ! Tu es bien difficile. Ne sais-tu pas que la rose est la reine des fleurs ? Tout n'est que beauté et douceur en elle. Elle embaume à des kilomètres. Et moi je lui trouve un goût délicieux. Un véritable nectar !

                – Nous n'avons pas la même notion du nectar, apparemment. J'en ai butiné plusieurs et toutes ont un horrible goût acide.

                – C'est vraiment très étrange… Je t'assure que moi je les trouve délicieuses. Mais dis-moi… quel rite utilises-tu, toi ?

                – Quel rite ? De quoi parles-tu ?

                – Eh bien oui, que leur dis-tu ? Que leur chantes-tu avant de les butiner ?

                – Je ne comprends rien à ce que tu me racontes. Quand je vois une fleur à mon goût, je m'approche, je me pose, puis je me dépêche de la butiner pour avoir le temps de visiter toutes les autres, voilà tout. Ce ne sont que des fleurs !

                – En bien voilà pourquoi tu les trouves amères. Tu ne leur accordes aucune considération et donc elles le sont : amères. Moi, quand une fleur me plaît, je m'approche lentement, doucement, pour ne pas l'effrayer. Je bats plus rapidement des ailes pour attirer son attention, je tourne autour d'elle en lui fredonnant une belle chanson. La mélodie fait frémir ses pétales et ouvrir sa corolle. Car tu vois, en caressant ses pétales de mes notes tendres, je caresse en même temps son cœur, qu'elle m'offre alors de bon gré, enthousiaste et joyeuse. Alors nous goûtons ensemble la douceur et la plénitude d'un instant merveilleux. Cela me rend heureux. Lorsque je quitte le jardin, les roses sont toujours plus belles qu'avant mon arrivée. Ce qui me comble encore davantage.

 

       Bourdon ronchon haussa les ailes d'un air excédé, en pensant que décidément, son ami était un doux rêveur qui allait tomber de haut au moment de se réveiller. Il le gratifia d'un regard hautain avant de reprendre la direction des champs d'un vol lourd, tout plein qu'il était de cette amertume qu'il avait fabriquée et qu'il répandait de fleur en fleur. Et dont il s'apprêtait d'ailleurs à contaminer pâquerettes et coquelicots.

 

       D'un vol léger, Bourdon joyeux entra gaiement dans le jardin, tout heureux à l'idée d'y retrouver ses amies les roses, pour leur offrir son aubade bienfaisante et profiter en leur compagnie d'un moment divin.

 

Martine PV

 

 



07/07/2017
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