contes-et-nouvelles.blog4ever.com

www.lectures-evasion.com

Le Noël de Lise (6ème et dernier épisode)

     La messe terminée, ils rejoignirent le faré, où les attendaient le Punch tahitien accompagné de firi firis* au lait de coco. Tout le monde s’installa autour de la grande table, Hani ayant pris soin de placer l’assiette du voyageur - donc celle de Lise - à côté de celle de Nathan. Décidément, elle tient vraiment à nous caser, se dit Lise, amusée. La maîtresse de maison frappa le rebord de son verre pour requérir l’attention générale, puis souhaita gaiement un joyeux Noël à tous, auquel tout le monde répondit avec la même bonne humeur. Puis chacun trinqua avec ses voisins de table. Se tournant vers Lise, Nathan leva le sien et lui souhaita un joyeux Noël, auquel elle répondit avec la même amabilité.

— Je tiens à vous présenter mes excuses pour mon attitude d’hier, lui dit-il ensuite.

— Je les accepte, lui répondit-elle franchement avec un beau sourire. Mais dites-moi, qu’ont bien pu vous faire les touristes à qui vous en voulez autant et qui vous ont mis dans un état pareil ? J’aimerais bien le savoir.

 À moi rien. C’est plutôt aux poissons qu’ils s’en sont pris. Et croyez-moi, ils ne font pas dans la dentelle. Ils chassent illégalement, même et surtout des espèces protégées, effraient les dauphins et les baleines… enfin bref, je ne vais pas vous gâcher la soirée avec ça. Et puis ça risque de faire revenir ma mauvaise humeur.

— Alors non, n’en dites pas plus, je ne tiens pas à en faire à nouveau les frais.

— Aucune crainte, maintenant que je sais que vous n’êtes pas comme eux.

— Ah bon ? Et comment le savez-vous ? Vous ne me connaissez pas, après tout.

— Je le vois dans vos yeux. Et puis vous êtes ici ce soir.

— Alors ça, ça ne prouve rien du tout. En quoi le fait que je sois ici ce soir prouve-t-il que je ne suis pas une harceleuse de poisson ?

Nathan sourit.

— Disons que vous n’avez pas le profil. Et puis vous avez préféré passer le réveillon ici avec nous, plutôt qu’à l’hôtel avec les touristes.

— On dirait que vous ne portez vraiment pas les touristes dans votre cœur, dites donc. Ils ne sont quand-même pas tous aussi veules que vous semblez le penser. Même si je n’ai pas vraiment cherché à faire connaissance avec ceux que j’ai vus, ils n’ont pas l’air si terrible que vous le dites.

— Vous avez raison, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Mais parmi eux, il y en a certains pour lesquels je n’ai aucune estime, et rien que d’y penser, ça me met en rogne. Et comme je les visualise là-bas…

— Stop ! On a dit qu’on n’en parlait plus.

— Ok, ok, j’arrête. Parlons un peu de vous. Vous êtes venue seule à Bora bora ?

— Oui, toute seule. Comme une grande.

Nathan resta songeur.

— Oui, je sais, ça paraît bizarre. Je comprends que vous soyez surpris. Ce n’est pas habituel, ça, une femme seule sur un site aussi paradisiaque et romantique.

Le voyant curieux d’en savoir plus, et le punch bien corsé la rendant bavarde, elle lui expliqua la situation, sans oublier aucun détail. Comme si elle le connaissait intimement.

— Waouh ! En résumé, vous êtes en ce moment en train de profiter du voyage que votre mari avait gagné avec sa maîtresse juste avant sa mort ?

— C’est ça.

 — Eh bien dites donc, c’est pas banal, ça.

— Comme vous dites, répondit Lise, la voix pâteuse et les yeux brillants.

— Vous n’avez pas l’habitude du punch, vous, fit-il, amusé.

— Pas vraiment, non.

— Je vous le confisque, fit-il d’autorité en prenant son verre et le repoussant hors de sa portée.

— Mais enfin…

— Croyez-moi, ça vaut mieux pour vous. Si vous tenez à rentrer à l’hôtel en pleine possession de tous vos moyens.

— Et vous ? Qu’est-ce qui vous a amené ici ? demanda-t-elle de but en blanc.

— Oh moi… c’est une longue histoire… et bien trop triste pour un réveillon de Noël.

— Ah non, c’est trop facile ! C’est votre tour. Je vous ai bien parlé franchement, moi. Vous trouvez que ma propre histoire était plus gaie ?

— Non, n’insistez pas, je vous assure…

— Ok, répondit-elle simplement avec une moue boudeuse.

Aussitôt elle tourna la tête de l’autre côté.

— D’accord, fit-il alors. Si je veux pouvoir encore regarder vos jolis yeux, je n’ai pas le choix, fit-il avec un clin d’œil.

Elle sourit.

— Vous savez, hier sur la plage…

— Oui ?

— Ce sont vos yeux qui m’ont fait revenir vers vous pour vous retenir.

— Ah bon ? fit-elle, troublée et rougissante.

— Oui. Il y a quelque chose dans vos yeux. Quelque chose de particulier qui m’a attiré. Qui m’attire, répéta-t-il en plongeant son regard dans le sien.

Elle ne répondit pas.

— C’est la première fois que ça m’arrive depuis les trois ans que j’ai passés ici.

— Et donc ? Vous êtes venu ici pourquoi ?

— Vous ne lâchez rien, vous, hein ?

— Rien, répondit-elle avec un petit rire.

— J’ai perdu ma femme il y a trois ans.

— Ah… désolée…

— Dans des circonstances horribles, ajouta-t-il la mine défaite.

— N’en parlez pas si vous n’en avez pas envie, lui dit-elle, compatissante. Je ne détournerai pas le regard, je vous le promets, ajouta-t-elle avec un sourire.

— Si si, je vais vous le dire. Après tout ça me fera sans doute du bien d’en parler. Il y a trop longtemps que je garde ça en moi.

— Je n’ai pas toujours été l’homme que je suis aujourd’hui. Ici, je suis un simple habitant de Bora bora qui passe son temps à donner un coup de mains aux villageois et à nager avec les poissons. À Paris, j’étais le patron d’une grosse société florissante qui marchait super bien et à laquelle je consacrais tout mon temps. Jamais de repos. Jamais de détente en famille. Au bureau vingt-quatre sur vingt-quatre. Eh oui, parce qu’il m’arrivait même d’y dormir. Ma femme commençait à en avoir assez de ne me voir qu’une fois par mois. Et j’avais beau l’aimer, je ne pouvais m’empêcher de passer mon temps au travail. Toujours à l’affût des bonnes affaires, l’œil rivé sur mon chiffre d’affaires d’un côté et mes actions de l’autre. Et voyez-vous, l’un de ces soirs où je ne suis pas rentré chez moi, ma femme a été kidnappée. Ses ravisseurs exigeaient une rançon colossale. Que j’ai payée intégralement. Et pour faire court, ça ne les a pas empêché de l’assassiner.

Lise en resta bouche-bée, le regard pétrifié.

— Après ça, j’ai complètement disjoncté. Je n’ai plus voulu voir personne. J’étais complètement anéanti. Et puis un soir, j’ai décidé de tout quitter. Comme ça. En un instant. Ça faisait des années que j’accumulais, accumulais… et pourquoi faire ? Puisque je n’en profitais jamais. Et surtout, je me suis rendu compte que tout ça c’était pour elle que je le faisais. Sans jamais réaliser ne serait-ce qu’une seconde que ce n’était pas du tout ce qu’elle elle aurait voulu. Elle, elle me voulait près d’elle et je n’étais pas là. Et pour couronner le tout, c’était à cause de tout ce capital que j’avais réussi à accumuler qu’elle était morte.

Lise posa une main compatissante sur le bras de Nathan, ne sachant quoi lui dire.

— Et me voilà ici maintenant. Je commence seulement à reprendre un peu du poil de la bête. À reprendre un peu goût à la vie.

— Eh bien, fit-elle pour détendre un peu l’atmosphère, moi qui pensais que mon histoire était triste…

— Il n’y a pas d’histoire plus triste qu’une autre. Quand on perd quelqu’un qu’on aime, la souffrance est la même pour celui qui reste, en définitive, quelles que soient les circonstances de la mort.

— Oui, vous avez sûrement raison…

Leur conversation fut interrompue par la maîtresse de maison qui arrivait avec les entrées : des crevettes au curry et au coco. Un régal des yeux avant que d’y avoir touché. Le tout servi de surcroît avec un merveilleux sourire.

— C’est formidable, cette ambiance qui règne ici, fit remarquer Lise.

— C’est vrai. Moi j’y suis habitué depuis le temps, mais il est vrai que quand je suis arrivé ici, c’est la première réflexion que je me suis faite. Ici, les gens prennent le temps de vivre, tout simplement. C’est pourquoi ils ne sont pas stressés, comme le sont les habitants des grandes métropoles de France. Ils n’oublient pas leur sourire et leur bonne humeur. C’est vraiment frappant et très agréable. Bon, si nous les dégustions, ces appétissantes crevettes ? proposa Nathan.

— Vous avez raison, assez discuté, répondit-elle avec un sourire.

Lise troubla le plat absolument délicieux. De même que le veau à la broche qui suivit un peu plus tard, accompagné de haricots et d’une purée de patates douces, puis la coupe de fruits au lait de coco encore beaucoup plus tard. Elle pensait que le repas se terminerait là, mais, à sa grande surprise, ils eurent également droit à la traditionnelle bûche de Noël, tout aussi délicieuse que le reste du repas.

— Ce repas était vraiment succulent, fit Lise.

— Je suis bien d’accord, répondit-il avec un soupir d’aise en se massant le ventre. Vous savez… je ne suis pas mauvais cuisinier, moi non plus.

— Ah bon ? Vous cuisinez ?

— Parfaitement. D’ailleurs, pour tout vous dire, je suis l’auteur de tous ces mets de Noël que vous avez trouvés succulents.

— Non…

— Si. Comme je vous le dis, insista-t-il avec un sourire.

— D’habitude je suis aux fourneaux avec mes marmitons, mais exceptionnellement, Hani a tenu à ce que je reste à table, fit-il avec un clin d’œil. Puisque de toute façon, tous les plats étaient déjà prêts.

— Alors ça… Eh bien écoutez… je vous le répète : c’était délicieux.

- Je tiens ça de mon grand-père. Il m'a légué son don. Il était polynésien. 

- C'est pour ça que vous êtes si doué pour la cuisine tahitienne.

- Si vous le dîtes...

- Vous n’avez jamais pensé à ouvrir un restaurant ?

— Mais si, justement. C’est bien ce que je compte faire.

— Ah bon ?

— Tout à fait. Mais en attendant… j’ai aussi préparé mon repas pour demain midi, que je dégusterai tout seul, ajouta-t-il avec une mine contrite. Alors, si ça vous dit de le partager avec moi…

Lise ne s’attendait pas du tout à cette proposition. Elle répondit alors un vague « pourquoi pas » qui n’incitait pas vraiment à s’étendre sur le sujet. N’ayant pas suivi les conseils de Nathan, elle avait reprit de ce punch servi à volonté. Elle avait la tête qui tournait et ne se sentait pas bien du tout. Quelles traitresses ces boissons dont on sentait à peine le goût du rhum tant l’alcool était masqué par une abondance de fruits !

— Je crois que je vais rentrer me coucher, dit-elle à Nathan d’une voix blanche. Je ne me sens pas bien…

— Vous avez repris de ce punch, constata-t-il, amusé. Je vous avais prévenue.

— Mea Culpa, j’en ai repris, essaya-t-elle de plaisanter. Mais là, il faut vraiment que je rentre.

— Ok, je vous raccompagne. Prendre l’air vous fera du bien.

— Mais non, ce n’est pas la peine. Je peux rentrer toute seule.

— Ah ça, certainement pas. Je ne vous laisse pas repartir seule dans l’état où vous êtes.

— D’accord, alors allons-y.

Lise se leva et se mit aussitôt à tituber. Nathan la retint juste avant qu’elle ne tombe à la renverse.

— Ah d’accord, c’est à ce point là ! fit-il, rieur.

— Je ne comprends pas, pourtant je n’ai bu que deux verres…

— Oui mais ici les punchs sont corsés. Ne vous en faites pas, je vous soutiens, ajouta-t-il, hilare.

— Rohh c’est n’importe quoi… vraiment de quoi ai-je l’air ?

— D’une jeune femme qui vient de passer une excellente soirée en compagnie de gens très sympathique. C’est pas vrai ?

— Si. Si, c’est vrai.

— Très bien, alors tout va bien. Allons dire au revoir à nos hôtes et allons-y.

Après avoir remercié la maîtresse de maison pour son accueil chaleureux et son succulent repas, Lise voulut dire au revoir à Hani. En la voyant s’approcher d’elle aux côtés de Nathan, cette dernière eut un petit sourire en coin qui n’échappa pas Lise. 

— As-tu passé une bonne soirée, Lise ? lui demanda-telle ?

— Excellente. Mais le punch, tu vois, pour moi ça le fait pas, comme on dit en métropole. Je crois qu’il est temps pour moi de rentrer.

Hani éclata de rire.

— D’accord. Alors à bientôt ? Nathan te ramène ?

— Oui. De toute manière, même si je ne voulais pas, ce serait la même chose.

Hani sourit.

— Pas de chance, tu es tombée sur un gentleman.

— Je vous ferai remarquer que je suis là, s’interposa Nathan, j’entends tout.

— Et quel est le problème ? On n’a rien dit du mal, s’amusa Hani. Allez, filez.

Lise embrassa son amie. Nathan fit de même. Puis, tout à coup, pour une raison étrange, une espèce de panique s’installa dans l’esprit de Lise. Elle ne pouvait pas se laisser raccompagner par Nathan. Elle ne pouvait pas. Vite, trouver une quelconque échappatoire. N’importe quoi.

— Tu m’excuses une minute, Nathan ? fit-elle tout à coup. J’ai besoin d’aller aux toilettes, là.

— Oui, je t’en prie, vas-y. Je t’attends là.

Lise avait repéré une seconde issue dans la maison. Si elle se débrouillait bien, elle pourrait sortir discrètement par là, pendant que Nathan discuterait avec les autres convives. Elle s’éloigna tranquillement, puis dès qu’elle eut repéré l’issue en question, se précipita à l’extérieur comme si elle avait le diable aux trousses et courut pour s’éloigner le plus vite possible de la maison. Quand elle eut rejoint la route, elle ralentit un peu la cadence, mais continua tout de même à marcher vite. Bizarrement, les oscillations de son corps s’étaient atténuées le temps de sa course. Étaient-ce les effets de l’adrénaline ? Mais maintenant qu’elle avait repris un rythme normal, elle se sentait de nouveau tanguer. Sur son chemin, elle croisa quelques noctambules passablement éméchés qui n’avaient sûrement pas lésiné sur le rhum, et eux avaient certainement bu plus que deux verres. Ils tanguaient dangereusement, eux aussi. Lise s’en amusa. En cet instant, en voyant tout le monde osciller de droite à gauche, on aurait pu penser que c’était la terre qui bougeait sous leurs pieds. Elle parvint tant bien que mal à sa chambre d’hôtel. Une fois arrivée, elle s’affala tout habillée sur son lit et s’endormit presque aussitôt.

 

     Quand elle se réveilla le lendemain matin, elle se demanda tout d’abord où elle était. Le fait était qu’elle ne se rappelait pas du tout être rentrée à l’hôtel la veille au soir. Puis tout lui revint en mémoire. Sa présence au réveillon de Noël, aux côtés de Nathan, la proposition de ce dernier de la raccompagner, puis sa fuite à elle. Car il n’y avait pas d’autre mot. Elle avait fui, hier soir. Elle n’en était pas spécialement fière, mais soulagée, ça oui. Les choses avaient commencé à prendre un tour dangereux entre Nathan et elle, et ça, ce n’était pas bon, pas bon du tout. Pas d’idylle au clair de lune, pas de sentiment, pas d’attachement, s’était-elle juré avant de venir en Polynésie. Et elle était bien décidée à tenir sa promesse. Elle avait bien fait de s’échapper ainsi la veille au soir. Tout était rentré dans l’ordre à présent. Elle était là, de retour dans sa chambre d’hôtel, seule, et c’était très bien comme ça. Alors pourquoi éprouvait-elle en ce moment un vague sentiment de regret ? Ok, je vais aller piquer une tête dans le lagon, ça va me remettre les idées en place, se dit-elle. Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle enfila un maillot de bain, noua son paréo autour de sa taille et sortit du bungalow. Elle eût à peine ouvert la porte qu’elle se retrouva nez à nez avec Hani.

— Bonjour Lise, fit cette dernière avec un grand sourire. Je suis venue voir comment tu te sens. Ce n’était pas la grande forme hier soir, n’est-ce pas ? ajouta-t-elle avec un petit rire.

Lise embrassa Hani sur ses deux joues avant de lui répondre en plaisantant :

— Je ne vois pas ce qui te fait dire ça…

Hani sourit, amusée.

— Mais je vais très bien aujourd’hui, je te remercie.

— Lise… Nathan était très déçu et vexé aussi, que tu l’aies laissé en plant comme ça… Tu sais, c’est quelqu’un de bien, il ne pourrait jamais abuser de la situation.

— C’est pas ça du tout, Hani. Je sais que c’est quelqu’un de bien. Ce n’est pas de lui que j’ai eu peur… c’est… de moi.

Hani garda le silence. Elle attendait impatiemment que Lise lui en dise plus.

— Tu vois, je n’ai pas envie que les choses aillent plus loin entre Nathan et moi. Je ne veux plus envisager de relation sérieuse avec quelqu’un. Ni même de relation passagère, d’ailleurs. Dans quelques jours je vais repartir en métropole et je ne veux pas m’attacher à quelqu’un. Je ne veux plus souffrir.

Hani sourit tout en fouillant dans sa poche. Elle en ressortit une fleur de tiaré qu’elle plaça derrière l’oreille de Lise. La gauche, cette fois.

Lise la fixa d’un regard interrogateur.

— Ma chère Lise, dans la vie il y ce qu’on dit d’un côté, et de l’autre ce qu’on ressent au fond de son cœur. Il y a ce qu’on fait et ce qu’on rêve de faire.

Le visage d’Hani émettait une telle lumière en prononçant ces mots que Lise en resta bouche-bée. Cette jeune tahitienne était vraiment très étonnante.

— Tu ne veux pas t’engager. D’accord. Mais ton cœur l’est déjà, mon amie. Tu n’y peux rien.

Lise fixa encore Hani quelques secondes, puis, tout à coup, elle comprit. Elle comprit que ce qu’Hani était en train de lui dire à demi-mot résonnait en elle comme une évidence.

— Très bien, capitula-t-elle alors. Tu pourrais me conduire chez Nathan, vers midi ? Je ne sais pas où se trouve sa maison…

— Avec joie, répondit Hani avec un large sourire. C’est mon jour de repos aujourd’hui, et j’ai promis de passer du temps avec ma mère. Je m’en vais la rejoindre, puis je m’échappe une petite demi-heure pour te conduire chez Nathan. D’accord ?

— D’accord Hani, merci.

 

     Deux heures plus tard, Lise et Hani marchaient côte à côte en direction de chez Nathan. Quand elles arrivèrent à proximité de sa maison, Hani montra cette dernière du doigt à Lise, avant de bifurquer sur la droite et de disparaître discrètement entre les palmiers. Lise sentait son cœur battre à toute vitesse. Une bouffée de bonheur pur lui arriva d’un seul coup à la seule idée de revoir Nathan. C’était aussi inattendu que bienfaisant. Plus elle approchait, plus elle se sentait nerveuse et heureuse à la fois. Il ne lui restait plus maintenant qu’à gravir les quelques marches jusqu’à l’entrée. Puis il fut là, devant elle. La porte était grande ouverte. Il était en train de tourner une cuiller en bois dans une casserole, tout en sifflotant. Pour une inexplicable raison, cette image de lui la mit immédiatement en état d’euphorie. Elle frappa trois petits coups légers au montant de la porte. Il se retourna. En la voyant, son visage s’illumina d’un sourire radieux, tandis que ses yeux d’or plongeaient dans les siens avec une intensité qu’elle n’oublierait jamais. Ce fut en cet instant, dans ce sourire merveilleux et ce doux regard, que se révéla à elle une nouvelle vie. Cette nouvelle vie, cette nouvelle chance, qui vivait déjà en son cœur à la rencontre du sien. Son miracle de Noël. 

 

FIN

 

 MPV

 

  *firi-firis : sorte de beignets   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



18/12/2017
6 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 50 autres membres