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Le Noël de Lise (3ème épisode)

Héloïse. Il s’agissait bel et bien d’Héloïse.

 

« J’espère que vous êtes bien installée, que le décor vous plaît, ainsi que l’accueil. J’ai hésité longtemps avant de vous écrire, tout d’abord parce que je m’en interdisais le droit et ensuite parce que je ne savais comment vous présenter les choses, par où commencer ni quoi vous dire pour vous convaincre que je suis vraiment, vraiment désolée pour tout ce qui est arrivé. Puis je me suis dit qu’il fallait absolument que je vous parle, que c’était important pour vous autant que pour moi. Pour vous d’abord, afin que vous soyez libérée de toutes ces pensées qui doivent vous trotter dans la tête. Et pour moi ensuite, pour que je cesse de me culpabiliser. Oh je ne nie pas ma responsabilité dans tout ce qui est arrivé et je l’assume pleinement, mais voilà des mois et des mois que je pleure, tout comme vous le faites sans doute, vous aussi, et vous comme moi ne méritons pas cette punition éternelle, n’est-ce pas ?

 

L’aventure que j’ai vécu avec Sébastien vous a brisé le cœur, je le sais, et croyez bien que j’en suis profondément désolée. D’autant que de mon côté je n’étais pas amoureuse de votre mari et que si cet accident ne s’était pas produit, les choses auraient sans doute pu évoluer autrement entre lui et vous. Mais voilà, ce qui est fait est fait. Je tenais à vous faire savoir comment est arrivé l’accident : je venais d’annoncer à Sébastien que je rompais avec lui parce que j’étais encore amoureuse de mon mari et que je n’envisageais absolument pas de le quitter. Dès que je le lui ai dit, il a eu une réaction démesurée dont je ne l’aurais jamais crû capable. Il s’est mis à crier, refusant en bloc ce que j’étais en train de lui dire. Puis, comme je maintenais ma décision, avec douceur mais fermeté, il s’est mis en colère. Pour finir par projeter volontairement la voiture contre un arbre. Oui, vous avez bien compris : il a lancé la voiture contre un arbre. C’est la dernière image que j’ai de lui. Vous connaissez la suite…

 

Ce voyage pour deux en Polynésie, il l’avait gagné pour nous deux, mais j’estime que je n’en avais aucun droit. Et que j’en ai encore moins le droit maintenant. C’est pourquoi j’ai pris mes dispositions à ce sujet en renonçant à ce voyage pour vous l’offrir. Ou plutôt vous le rendre, car il vous revient de droit.

 

 

Je ne vous demande pas de me pardonner, car je sais que rien ne pourra jamais justifier ni effacer tout ce qui s’est passé ces derniers mois, mais je tenais à ce que vous sachiez la vérité pour que vous puissiez aller de l’avant, maintenant. Vous avez droit au bonheur et j’espère de tout cœur que vous le trouverez. Peut-être en cet endroit paradisiaque ? Ou ailleurs, peu importe. Quoi qu’il en soit, j’espère que vous profiterez au maximum de ce petit paradis, et surtout que ma lettre vous aura permis d’y voir plus clair et de faire la paix avec vous-même comme j’essaie de le faire pour moi.

 

Affectueusement,

Héloïse.

 

     De surprise et d’émotion, Lise s’était littéralement laissé tomber sur le grand lit. Bien trop grand pour elle toute seule, d’ailleurs. Jamais de toute sa vie une simple lettre ne l’avait autant bouleversée. Elle s’attendait à tout en arrivant sur cette terre inattendue, inespérée même dans ses rêves les plus fous, mais certainement pas à ça ! Ainsi à l’origine, Sébastien avait rêvé de ce voyage en compagnie d’Héloïse ! Elle comprenait mieux maintenant. Et malheureusement, il n’y avait plus aucun doute possible : c’était bien d’Héloïse que son mari était amoureux avant sa mort, et plus du tout d’elle-même. « Voilà au moins un point d’éclairci » se dit-elle non sans une certaine tristesse. Elle relut la lettre, lentement, s’attardant aux détails. Héloïse parlait de son amour pour son mari, qu’elle ne voulait pas quitter, mais, sûrement par délicatesse envers Lise, ne parlait pas des sentiments de Sébastien. Pourtant, les choses apparaissaient très clairement, en cet instant. Sébastien aimait tellement Héloïse qu’il avait préféré sacrifier leurs vies à tous les deux plutôt que de la perdre. C’était à la fois extrêmement difficile pour Lise de l'admettre, après des mois et des mois de questionnement angoissé, et en même temps, étrangement, c’était presque libérateur. Car combien de fois ne s’était-elle interrogée sur les véritables sentiments de Sébastien ? Que représentait Héloïse à ses yeux ? Une simple aventure de passage ou une idylle amoureuse ? Voire un coup de foudre ? Avait-il encore des sentiments pour elle ou était-ce complètement fichu pour eux deux ? Leur couple aurait-il eu encore une chance si cet accident n’avait pas eu lieu ? Autant de questions qui venaient à présent de trouver leur réponse.

 

      Héloïse ne lui demandait pas de lui pardonner, et pourtant c’était ce que Lise avait fait depuis longtemps déjà. À quoi bon en vouloir éternellement à quelqu’un ? Même si ce quelqu’un vous a volé la personne la plus importante de votre vie ? Au début, elle lui en avait voulu. Beaucoup. Puis, au fil du temps, même si elle ne comprenait toujours pas, elle s’était dit que si cette liaison avait eu lieu, il y avait probablement une bonne raison. Et que pour tromper son conjoint, il fallait être deux. Même dans l’éventualité ou Héloïse avait tout fait pour séduire Sébastien, rien n’obligeait ce dernier à accepter ses avances. Lise s’était aussi demandé si c’était sa faute à elle. Si elle s’était montrée suffisamment disponible, suffisamment aimante envers lui. Avait repassé en boucle tout ce qu’elle avait dit ou fait par le passé qui avait pu l’éloigner d’elle. Elle s’en était posé des questions ! Ah ça, elle s’en était posé ! Et maintenant, la réponse lui apparaissait avec une grande clarté : Sébastien était tombé passionnément amoureux d’Héloïse. Fou amoureux. Au point de ne pouvoir supporter l’absence d’elle. Au point de mourir. Et Lise n’aurait rien pu faire contre cela. Rien. Cette constatation la laissa vide de toute pensée pendant plusieurs minutes. Puis le premier désir qui lui vint à l’esprit, suite à cette pause dans le temps, fut de pardonner à Sébastien. Définitivement. À la minute même. Chose qu’elle n’était jamais parvenue à faire jusqu’à cet instant. Comment aurait-elle pu lui en vouloir une minute de plus ? Comment en vouloir à quelqu’un qui n’avait commis d’autre faute que celle d’aimer ? L’amour était-il un crime ? Personne n’appartient à personne. Et l’amour est plus fort que tout. C’était ce qu’elle pensait depuis toujours, comme elle pensait qu’on n’a pas le droit de séparer deux êtres qui s’aiment. Si Sébastien avait aimé Héloïse à ce point, alors elle-même n’avait pas le droit de lui en vouloir pour cela. D’autant que la vie l’avait déjà puni au-delà du raisonnable en ne lui permettant pas de vivre cet amour plus longtemps.

 

      Lise replia précautionneusement la lettre d’Héloïse, qu’elle glissa ensuite dans son sac à main, puis enfila un maillot de bain, avant de se diriger vers la plage, fermement décidée à profiter de cette magnifique journée ensoleillée. 

 

À suivre...



15/12/2017
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