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Garder son âme d'enfant

 

 

Aujourd’hui j’avais envie de partager une anecdote avec vous. Elle n’est pas franchement hilarante, mais tout de même amusante et surtout, elle illustre bien ce que signifie « garder son âme d’enfant. »

 

Il faisait particulièrement beau hier, dans les Hauts de France, comme dans la plupart des autres régions, d’ailleurs. Soleil radieux et température très agréable pour la saison. Le printemps avant l’heure. Je décide donc d’emmener mon petit-fils (6 ans) en promenade avec moi. J’ai la chance d’habiter à la campagne et de n’avoir pas besoin de prendre ma voiture pour me rendre en un lieu où l’on peut se balader à travers champs. Nous voilà donc en route vers ce « chemin des cache-vaches » évoqué dans un précédent texte. Chemin qui n’a d’ailleurs pas changé depuis la première fois que j’en ai foulé le sol (il y a déjà trente ans de cela), à part quelques arbres en moins, lesquels étaient trop vieux et devaient être coupés pour laisser place à de jeunes pousses. Il est des lieux, comme celui-là, qu’on voudrait ne jamais voir changer. Les lieux ont une âme, particulièrement ceux qui sont naturels.

 

Le ciel est véritablement lumineux, moi également. Les oiseaux chantent, heureux aussi, mon cœur en fait de même. Mon petit-fils apprécie tout autant sa promenade, bien que j’aie dû déployer mes talents de persuasion pour le faire décoller de l’écran de télévision où, l’œil morne, il était en train d’avaler les réflexions hautement philosophiques des « lapins crétins ». Mais là, au milieu de la nature déjà en bourgeons, je le sens heureux, tout comme moi. Qui ne le serait en entendant chanter les oiseaux ?

 

À peu près au milieu de notre promenade, mes yeux se posent par hasard sur le tronc large et noueux d’un arbre. Celui-ci m’attire irrésistiblement, il semble m’appeler. Spontanément j’enjambe le sillon boueux qui sépare le chemin du bas-côté, pour me diriger vers lui et y poser mes bras, mes paumes de main bien en appui sur son tronc. Mon petit-fils, qui n’était pas au courant de ma fibre amoureuse pour les arbres, me demande de sa petite voix étonnée, mais pas tant que ça finalement (ayant déjà eu quelques aperçus de mon côté un peu excentrique) :

— Qu’est-ce que tu fais, mamie ?

— J’embrasse l’arbre pour me nourrir un peu de son énergie.

 

Je m’attends de sa part à une réflexion amusée, voire moqueuse (du haut de ses six ans, mon petit-fils a déjà beaucoup d’humour), mais tout naturellement, il choisit un autre arbre (comme s’il avait déjà compris de lui-même l’importance du choix personnel en la matière) et comme moi, il pose ses mains sur le tronc. Nous voilà tous les deux en train d’enlacer chacun un tronc. Après quelques secondes, je lui demande :

— Ressens-tu l’énergie de l’arbre ?

— Euh… non… me répond-il tout en laissant ses mains sur le tronc.

— Tu ne ressens pas de petits fourmillements dans tes mains ?

— Non… dit-il, sans bouger de sa place.

Puis : 

— Ah si !

 

Nous restons encore quelques instants en fusion avec nos amis respectifs, puis je donne le signal du départ, tout en remerciant l’arbre d’avoir partagé avec moi son énergie bienfaitrice. Mon petit-fils remercie à son tour l’élu de son cœur, puis nous reprenons la route.

Quelques mètres plus loin, s'étant pris au jeu, il avise un autre arbre, lequel, visiblement, vient de lui faire un clin d’œil. Il s’approche de lui et pose ses mains sur son tronc. Il reste ainsi quelques instants, pendant que je l’attends sur le tapis d’herbe tendre qui borde la route. Puis, tout à coup je l’entends qui marmonne :

— Je sens rien du tout avec celui-là…

Avant de s’adresser à l’arbre :

— Allez, au revoir, et merci quand-même !

 

MPV

 

 

 



17/02/2019
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