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Les bienfaits du rire

Histoire vécue qui m'a bien fait rire lorsqu'elle m'a été relatée et que je partage avec plaisir avec vous.

 

 

Je suis une femme d'âge moyen, dynamique, plutôt bien dans ma peau, pas craintive le moins du monde, à l'aise en société. Et pourtant, allez savoir pourquoi, voilà qu'un jour, je suis prise d'une espèce de timidité de collégienne et d'un malaise aussi insupportable qu'incompréhensible, à l'idée d'entrer dans la pharmacie qui se trouve là, juste en face de moi, pour y demander, non pas une boîte de préservatifs, non pas des pilules de Viagra pour mon compagnon ou une pilule du lendemain pour moi, pas plus qu'une potion ou des cachets contre l'énurésie, la diarrhée ou la constipation, ni même l'un de ces médicaments sur liste rouge qui témoigneraient sans équivoque, devant toute la population de mon village, de mon état proche de la folie furieuse. Non, rien de tout ça. Je viens en ces lieux privilégiés de rencontre des microbes, virus et diverses bactéries, acheter un vulgaire thermomètre.

 

Je suis déjà rouge écarlate en entrant dans l'officine, mais mon visage devient cramoisi dès que je vois le nombre impressionnant de personnes en train de prendre racine dans les files d'attente. Mon coeur bat à tout rompre, j'ai les mains moites. J'ai l'impression que tous les regards sont braqués sur moi, comme s'ils avaient l'étrange pouvoir de lire dans mes pensées.

Je choisis la file d'attente la moins chargée, et, une fois n'est pas coutume -, j'ai la chance de tomber sur celle qui avance le plus vite. Ce qui fait que quand arrivera mon tour, les nombreuses personnes ici présentes pourront entendre ce que je vais demander. A cette pensée, je stresse encore plus.

Voilà qu'arrive mon tour. D'une voix claire, haute, franche et bien appuyée, - je commence d'ailleurs à me demander si j'ai choisi la bonne file finalement -  la préparatrice me demande poliment :

-      Que puis-je pour vous Madame ?

Je sens que de rouge, mon visage a viré au blême. Mon coeur s'emballe. En une fraction de seconde, je me dis que finalement, je peux bien me passer de thermomètre un jour de plus, que je pourrai revenir le lendemain quand il y aura moins de monde. Je me dis que je vais demander simplement du lait démaquillant. Mais finalement, je prends mon courage à deux mains et décide de réclamer  ce pourquoi je suis là. C'est quand-même d'une voix chuchotée que je lui réponds :

-      Je voudrais un thermomètre, s'il vous plaît.

Je sens tous les regards braqués sur moi. J'ai aussi honte que si j'étais entièrement nue. Je voudrais pouvoir me cacher dans un petit trou de souris. C'est alors que j'entends sa voix toujours aussi haut- perchée me demander :

-      Pour peau grasse ou pour peau sèche ?

Là, je suis au comble de la déconfiture et mon visage est devenu l'incarnation même de la couleur rouge. Je n'ose regarder, ni à droite, ni à gauche, mais j'imagine les regards attentifs dardés sur moi, dans l'attente de savoir si la peau, en cette partie de mon anatomie en passe d'être affichée sur la place publique, est plutôt grasse ou sèche. En même temps, j'imagine le mouvement du thermomètre, glissant plus ou moins facilement, selon la texture de ma peau.

Je lui réponds, d'une voix basse et peu convaincue :

-      Pour peau sèche.

Le temps que la préparatrice aille chercher, dans l'arrière-boutique, l'objet de mon présent mal-être, me semble tout bonnement interminable. Je suis figée sur place, j'ai vraiment hâte d'en finir. Mes oreilles à l'affût du moindre ricanement, de la moindre réflexion moqueuse, je vois la préparatrice revenir, sourire aux lèvres, et déposer devant moi trois savonnettes aux parfums différents.

-      Voilà, m'annonce-t-elle triomphalement, je peux vous proposer une savonnette au jasmin, une à la rose ou une au muguet.

Je fixe mon regard sur l'une des trois savonnettes, incapable de bouger ni de parler. Je sens monter en moi une vague puissante, indéfinissable, incroyable, et la tension aidant, insurmontable : le fou-rire avec un grand F. Je le sens monter, monter. Je ne peux plus le contenir. Il sort de ma bouche en un flot puissant et continu, tel un génie enfin libéré de sa lampe.

Je me mets à rire à gorge déployée. Des larmes roulent sur mes joues. La préparatrice me regarde avec des yeux ébahis. Elle se demande visiblement ce qu'elle a bien pu dire pour provoquer une telle hilarité. Puis elle finit par se laisser emporter malgré elle par mon rire communicatif. Je vois des petites lumières dans ses yeux et les commissures de ses lèvres se soulever. Quand, entre deux hoquets, je lui avoue enfin que je voulais un thermomètre, elle s'esclaffe à son tour.

Bientôt, c'est la pharmacie tout entière qui rit. Quelques instants plus tard, j'en ressors avec mon thermomètre à la main, devant le regard gentiment amusé de tous.

Moi qui cherchais à passer inaperçue, c'était raté !

 

 

Martine

 



20/09/2017
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